Techniques de culture « hors sol »

Dans cet article j’essaierais d’expliquer de manière non exhaustive les différentes techniques de culture « hors sol » pour en comprendre les différences, les limites et les avantages.

Le mot « hors sol » peut porter à confusion, voici ce que par là nous entendons :

C’est une méthode de culture qui n’est pas en pleine terre et donc qui n’est pas connectée aux nappes phréatiques.

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Bacs potager
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Les bacs potagers sont des structures qui contiennent de la terre ou un substrat, entre lesquels on peut trouver:

  • De la terre agricole
  • Du compost animal ou végétal
  • Du terreau
  • De la perlite / vermiculite / des roches volcaniques

Avec les bacs potagers on soulève la terre du sol, parce que bétonné ou pollué, mais on reste lié à la vision étique de la connection avec la nature et l’écosystème. Les goûts des produits ne diffèrent pas de ceux des légumes produits en pleine terre. Si le goût et la vitalité des aliments ne sont pas fondamentaux pour nous, alors pourquoi on cultive?

Les matériaux et les structures des bacs potagers peuvent être très variables, en fonction des caractéristiques de durabilité, rendement, rareté et coûts.

PALETTES

Les palettes sont le matériau le plus économique et facile pour créer un bacs à substrat.
Voici le pour et le contre :

Facilement trouvables en ville
Coût zéro ou presque
Une bonne séance de bricolage (on part du principe que pour vous c’est positif ;-)
Difficulté parfois dans le dé-assemblage
Achat des outils et vis qui n’est pas à négliger
Le bois peut être traité avec des produits chimiques
Durabilité de maximum 5 ans
Drainage parfois difficile 

BOIS

Du bon bois permet une durabilité interessante et una facilité d’assemblage et d’installation, mais par contre le coût augmente. On peut trouver des bacs potagers en bois déjà prêts.

Ecologique si il provient de forêts gérées durablement
Assemblage facile
Durabilité (jusqu’à 10 ans)
Plus esthétique que les palettes
Coût du bois
Poids à considérer 

POTS

Ils peuvent être en plastique, en terre cuite, en métal, mais avec toujours un trou au centre pour le drainage de l’eau. Ils peuvent avoir diverses formes pour s’adapter à tous les endroit (jardinières suspendues, carrés, etc. ). La meilleur solution est la terre cuite parce qu’elle contrôle au mieux l’humidité et la chaleur.

Faciles à trouver dans toutes les jardineries
Résistants et durables
Légers
Fragiles si en terre cuite
Prix peu abordables pour les grandes dimensions 

TISSU GÉOTEXTILE

Le tissu géotextile est une espèce de feutre, non-tissé, fait en matériaux synthétiques. Il a la propriété de laisser passer l’eau et l’air. Il est très léger et très résistant, durable et son coût est minimal. Il est facile à réaliser et le rendement, grâce à l’aération, est plus intéressante.

Résistance
Ultraléger (idéal pour toits, terrasse, balcons)
Facile à réaliser
Coût minimal
Bon rendement
Drainage intéressant
Derivé du pétrole
Dépendence vis-à-vis d’un fournisseur 

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Dans de l’eau
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L’hydroponie, ou culture hydroponique, est la culture de plantes réalisée sur substrat neutre et inerte (de type sable, pouzzolane, billes d’argile, laine de roche etc.). Ce substrat est régulièrement irrigué d’un courant de solution (engrais minéraux de synthèse) qui apporte des sels minéraux et des nutriments essentiels à la plante. La culture hydroponique est très présente en horticulture et dans la culture forcée de certains légumes sous serre. L’état sanitaire de ces cultures est contrôlé par des pesticides (appelés produits phytosanitaires). La découverte de cette technique doit être attribuée à deux chercheurs allemands Knop et Sachs, qui, en travaillant sur la fertilisation des plantes, ont mis en évidence le rôle de l’eau, de l’air, et du sol. Et c’est en cherchant le rôle de chacun des éléments constituants le sol, qu’ils en ont déduit que celui-ci pouvait être totalement reconstitué de façon artificielle.

Schéma basique de l’hydroponie

HYDROPONIE

L’hydroponie est un système très productif mais très complexe et qui demande beaucoup d’énergie, de technologie et un investissement financier énorme. C’est pour cela qu’il est utilisé normalement à grande échelle sur des serre industrielles en monoculture. La rapidité de croissance et la production par m2, même hors-saison, en font une des méthode de production de légumes les plus rentables financièrement. Mais il y a beaucoup de questionnements sur le goût et les valeurs nutritionnelles des légumes (à ma connaissance aucune étude n’a été réalisée sur ce dernier point), sur la consommation énergétique, la difficulté de l’entretien, l’investissement financier des plus chers, l’utilisation massive de produits chimiques (pesticides, herbicides, engrais) et l’étique d’un moyen de production qui ne tient pas en compte des éléments symbiotiques du sol. L’équation est la suivante :

Si l’on n’a plus besoin de la terre pour faire pousser nos légumes, alors nous ne devons plus en prendre soin : la polluer et la bétonner n’est plus un problème.

Mais cela ne prend pas en compte l’eau qui rentre dans le cycle de l’hydroponie : car si la terre est polluée l’eau l’est également.

Monoculture de tomates en hydroponie

AQUAPONIE

Le mot aquaponie, traduction de l’anglais aquaponics, est un mot-valise formé par la fusion des mots aquaculture (élevage de poissons ou autres organismes aquatiques) et hydroponique (culture des plantes par de l’eau enrichie en matières minérales). Pourquoi combiner l’élevage des poissons avec les plantes ? Simplement parce que les déjections des poissons contiennent les éléments necessaires aux plantes (azote, phosphore et potassium), et ainsi on n’a pas la nécessité d’utiliser des engrais minéraux de synthèse. De cette façon on peut élever des poissons et en même temps cultiver des légumes sur le même espace. Voici un schéma du système :

Vu comme ça c’est intelligent, mais comme tous les systèmes naturels crées par l’homme, il y a nombreuses problématiques à prendre en compte, entre lesquelles :

  • Nourriture des poissons ? D’où vient-elle et de quoi est-elle composée ? 1,2 kg de nourriture est nécessaire pour 1 kg de poissons.
  • Le goût et les qualités nutritionnelles des légumes sont les mêmes que l’hydroponie, bien que ce système puisse sembler plus « biologique »
  • Pour pouvoir contrôler cet environnement artificiel il est nécessaire de dépenser beaucoup d’énergie ( pompe d’eau active 24h / 7j ) et de technologie ce qui est très onéreux (niveau d’ammoniac dans l’eau, controle de la santé des poissons, niveau de nitrate, oxygène, chlore, ammoniac dans l’eau, test du ph de l’eau, évaporation et filtrage, etc.)
  • Pas tous les poissons sont facile à élever dans une serre : par exemple, si on consider que la truite ne peux pas dépasser 20°C pour la temperature de l’eau, on devrait refroidir l’eau en été, ce qui engendre une dépense d’énergie énorme. Même chose pour l’hiver en chauffant l’eau.
  • On peut cultiver seulement des légumes à feuilles vertes qui ont des faibles besoins nutritionnels (la laitue, les herbes, les épinards, la ciboulette, le bok choy, le basilic et le cresson ). Si on veut produire des fruits (tomates, etc.) le système devient plus complexe à gérer, donc le mieux c’est de rester sur la monoculture, comme en hydroponie pour rendre les choses plus facile, mais ce qui engendre aussi des parasites et maladies…
  • Problème de la biodiversité : qui pollinise les fleurs dans la serre ?

Ce bref aperçu montre que les choses ne sont pas aussi faciles qu’elles semblent à première vue.

Conclusion

Quand on prend conscience de comment les écosystèmes sont structurés pour se maintenir en équilibre de façon naturelle, il est vain de croire que nous pouvons atteindre les mêmes résultats : comment pourrions-nous reconstituer ce que la terre a mis des milliards d’années à créer, comme par exemple le sol et ses différentes structures ?

Nous pensons qu’il vaut mieux observer et apprendre à coopérer avec la nature plutôt que de vouloir lutter contre elle.